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J’ai vraiment ressentie la nuit blanche très différemment, en fonction du lieu. J’ai complètement été captivé par mon arrêt à Saint Ouen l’Aumône (95), le fait d’avoir commencé par cet espace si serein, si beau et captivant m’avait tout de suite plongée dans l’ambiance et j’étais encore plus pressée d’arriver à Paris, voir ce que la ville nous réservait comme surprise. Très vite déçut, principalement à cause du monde. Ces quartiers ne sont pas prévus pour accueillir autant de monde dans un temps aussi court.
Devant le parc des Buttes de Chaumont, la foule empiétait sur la route. Mais le fait, d’avoir autant de monde autour de moi m’a permis d’observer les pratiques des gens la nuit. Et je me rends compte d’une chose, je pense la plus importante : la nuit blanche n’est pas là principalement pour faire découvrir l’art aux parisien mais c’est un prétexte à une ballade nocturne, à prendre le temps de marcher sur un trottoir, seul ou accompagné sans être pressé, puisqu’on à toute la nuit (enfin en théorie, dans la pratique les choses sont parfois un peu plus compliquées). C’est une occasion de voir la ville sous un autre œil et de se permettre beaucoup plus de choses. Les gens parlent plus forts, rient d’avantages et surtout osent. Ils osent frôler le ridicule en chantant des chansons dans le métro, osent marcher de façon un peu étrange, juste « comme ca ». La nuit est un désinhibiteur de bien des complexes humains, elle cache les défauts physiques grâce à ses ombres. La nuit est en général synonyme de fête, d’ailleurs les gens sont mieux habillés, chaque nuit est une occasion d’être « exceptionnelle ». DESHINIBITION, je pense que c’est le mot que je retiens de cette nuit. La nuit, on mange différemment, on se fait plaisir avec une gaufre, une crêpe ou un américain merguez. La nuit on mange gras, sans honte, en se disant que la journée ce n’est pas pareil. La police ne nous fait pas peur, je vois même quelque un la narguer en traversant un peu n’importe comment devant leurs yeux (énervés eux aussi par tout ce monde qui s’entasse à l’entrée du parc). La nuit on ose plus parler aux gens, et je me prends à expliquer tant bien que mal ce que l’artiste, avec ces parapluies a voulut recréer un champ de coquelicots à un homme complètement perdu devant cette accumulation.
La nuit est aussi un moment où l’on brave les interdits, et où les groupes de jeunes se posent, près de l’étang du parc passant outre les barrières. C’est comme si, toutes ces petites normes qui sont en générale bien respectées le jour, sont bravées avec envie la nuit.
L’espace urbain, n’est plus un espace où l’on passe mais où les gens s’arrêtent, debout, ou parfois assis et discutent. On remarque tout de même que les jeunes de 17 à 25 ans sont bien plus familiers à la nuit où ils ont leurs habitudes (se retrouver, apporter une bouteille, quelques amis). La nuit aussi, lorsqu’on est seule, dans une rue à l’écart, on n’est pas totalement rassuré, on guette les ombres au sol, on guette les bruits, on se sert moins de la vue et plus de nos autres sens, que l’on délaisse parfois le jour au profit de la vue.
Il est aussi intéressant de noter que la nuit, on ne se dirige plus de la même façon. Lorsque j’étais sur ce chemin à Saint Ouen l’Aumône, je ne me dirigeais non pas grâce au chemin de terre sur le sol mais je suivais la lumière des candélabres. Nos points de repères changent et c’est bien sur la lumière qui devient ce nouveau repère. Et ces lumières sont plus que présentes à Paris, je m’en rends compte pendant que je conduis, la journée, mon œil se balade inconsciemment sur les immeubles qui bordent la route (élève en architecture oblige..) mais là, j’étais totalement attirée par les lumières des snacks, grill, kebab et leurs enseignes lumineuses.
La nuit blanche a surtout été pour moi, outre l’expérience de la nuit tout court, un peu décevante quant à son organisation. On ne peut par prévoir une nuit blanche et ne laisser que deux lignes de métro toute la nuit. On aurait pu laisser les parkings gratuits. On aurait pu mettre en place d’autres installations, ou plus disperser celles présentes. On aurait pu mettre toutes les installations à l’extérieur évitant des files d’attente immenses et permettant à tous d’en profiter.
Cette nuit blanche manquait d’intimité.
Œuvre choisie : « les porteurs de son » de Agnès Caffier ( Saint Ouen l’Aumône 95)
Je traverse un long chemin qui contourne l’abbaye, le long duquel se trouve une nouvelle installation. La encore peut d’éclairage, on ne sait pas trop ou l’on marche, j’aperçois des lampadaires tout au font, un point de lumière et machinalement je marche vers eux. L’installation, « les porteurs de son » de Agnès Caffier met en scène des sons de baleines à travers le chemin, dans les arbres. Tout en marchant on peut entendre les cris des baleines, comme des chants. L’imagination prend vite le dessue dans cette nuit noire et je me surprends à penser le vent comme le bruit des vagues qui accompagnent les baleines. Le chant des baleines se baladent même, puisqu’il est porté par des personnes. On ne se trouve pas dans l’antarctique, mais on s’y plait à y croire, après tout la nuit blanche est aussi un prétexte pour se laisser allé aux rêveries quelle qu’elles soient.
Je pense que cette installation m’a plus parce qu’elle m’a plongée dans une situation inhabituelle, LE NOIR COMPLET, chose qui est devenue très rare (dans les rues il y a toujours des candélabres, dans ma chambre on trouve les point lumineux d’un réveil, etc ). Cette expérience du « black out », inhabituelle avait la faculté de rendre l’instant agréable et un peu déstabilisante en même temps. Je pense que c’est un aspect de la nuit intéressant à développer, ce noir total qui peut faire peur parce qu’il représente l’inconnu, l’imprévu et qui pousse notre esprit à imaginer des situations invraisemblables mais que l’on penserait réelles la nuit…



